top of page

Ricci Curbastro à Franciacorta, le temps long… et le courage des vins tranquilles

  • Photo du rédacteur: niconics
    niconics
  • 15 mai
  • 4 min de lecture

Chez Ricci Curbastro, on ne parle pas vraiment de démonstration, encore moins de posture. On parle de temps. De celui qui s’accumule lentement dans les murs, dans les caves, dans les gestes répétés depuis des générations. Dès mon arrivée, j’ai senti que j’entrais dans une histoire qui me dépassait largement, une histoire de famille profondément ancrée en Franciacorta, qui a vu naître l’appellation, l’a accompagnée dans sa construction, et continue aujourd’hui d’en défendre une lecture exigeante, patiente, presque silencieuse.



L’histoire moderne du domaine s’est écrite à partir de 1967 sous l’impulsion de Gualberto Ricci Curbastro, et elle se prolonge aujourd’hui avec Riccardo Ricci Curbastro. Et c'est durant la visite du musée en sa compagnie que j'ai compris que j'avais affaire à une figure discrète mais centrale, à la fois vigneron engagé et voix des appellations d’origine et dénomination controlée au niveau européen à Bruxelles. Défendre toutes les DOC, toutes les origines, sans jamais perdre de vue la terre d’où l’on vient, what a challenge...

En règle générale quand on goûte des vins, le terroir est vraiment quelque chose de difficile à appréhender. Mais pendant la visite tout fait sens : ici, rien n’est jamais forcé, tout est question d’équilibre, de cohérence et de fidélité à une idée du vin.



La visite des caves a été un moment presque suspendu. Un moment où l’on comprend que chaque choix est réfléchi, assumé. Les explications sont complètes, précises, mais jamais pesantes. J’ai été particulièrement sensible à cette volonté affirmée de travailler avec le moins d’intrants possible, et surtout à ce respect du vin dans sa circulation même : privilégier la gravité plutôt que les pompes, accompagner le vin sans le brusquer, le laisser suivre son rythme naturel. Ici, la technique existe, bien sûr, mais elle reste humble, toujours au service du vin.



Et puis apres avoir fait un tour du chais où dorment pas loin de 900000 bouteilles et où sont conservés d'anciennes cuvées, nous sommes monter pour la "degustazione"... Celle ci commence par le Franciacorta Brut. C’est la porte d’entrée, celle qui pose le cadre. En bouche, je le trouve droit, lisible, parfaitement tenu. L’équilibre est évident, la bulle fine, le vin précis. Rien ne cherche à impressionner. Et pourtant, tout est déjà là. À ce moment précis, je me dis que je suis entre de bonnes mains, que la suite sera une histoire de nuances plus que d’effets.


Le Satèn 2012 arrive ensuite, et avec lui une autre perception du temps. Le Chardonnay, la pression plus basse, cette texture presque caressante. Le vin a évolué avec grâce. Les arômes se sont élargis, la bulle s’est affinée, la bouche est ample mais tenue, sans la moindre lourdeur. En le goûtant, j’ai ressenti cette impression rare d’un vin arrivé à maturité sans jamais perdre son énergie. C’est un vin qui appelle la table, la conversation, le silence aussi. Un satèn gastronomique, qui se lit lentement.



Puis vient la cuvée Gualberto. Et là, très clairement, quelque chose se passe pour moi. J’ai été particulièrement séduit par ce vin, non seulement pour sa finesse et sa complexité, mais aussi pour l’histoire qu’il porte. Gualberto, ce n’est pas qu’un nom sur une étiquette. C’est un hommage au père, à celui qui a cru en la Franciacorta avant qu’elle ne soit ce qu’elle est aujourd’hui. Le vin est millésimé, sans dosage, pensé pour le temps long. En bouche, tout est en place : la tension est précise, l’élevage long sur lies apporte de la profondeur sans jamais masquer le vin. Il avance droit, avec une forme de sérénité. En le goûtant, j’ai eu le sentiment de toucher quelque chose de très personnel, presque intime.

Un vino che parla, che racconta, più che dimostrare.



Le Rosé Brut clôt la dégustation des bulles. Et là encore, aucune facilité. Le Pinot Noir s’exprime avec caractère, le dosage est très sec, l’élevage sérieux. Ce n’est pas un rosé décoratif, mais un vin à part entière, avec de l’énergie, de la tenue et une vraie persistance. Il termine la séquence avec franchise, sans chercher à adoucir le propos.


Après cette dégustation, une pause. Puis nous descendons au magasin. Presque par curiosité. Et là, une autre facette du domaine apparaît : les Curtefranca, les vins tranquilles. La Franciacorta sans bulles. Riccardo accepte alors de nous les faire découvrir aussi. Naturellement. En blanc comme en rouge, deux expressions : une cuvée d’entrée de gamme, directe, lisible, et une cuvée plus travaillée, plus patinée, élevée, pensée pour aller plus loin. Et là encore, je retrouve la même cohérence, la même sincérité. Ces vins ne sont pas des à-côtés. Ils sont pleinement assumés, construits, précis. Il y a du fond, de la matière, une vraie lecture du terroir. Évidemment, on en achète aussi.



La rencontre avec Riccardo, le patriarche, a profondément marqué ce moment. Il y a chez lui quelque chose de rassurant, une manière de raconter qui met immédiatement à l’aise.


Très vite, j’ai eu l’impression d’entrer dans un monde familial, presque comme si j’avais toujours connu cet homme. Ses histoires, ses passions, ses souvenirs racontés sans emphase donnent encore plus de relief aux vins que l’on a dans le verre. Aujourd’hui l’aventure continue avec ses fils tout naturellement. L’un d’eux, formé longuement à Bordeaux, est revenu avec ce regard extérieur qui affine sans jamais dénaturer. On sent que la maison regarde loin devant, mais sans jamais rompre le fil.


Et comme pour prolonger encore ce moment, comme pour dire que la découverte ne s’arrête pas là, notre hôte nous offre deux bouteilles. Un Pinot Noir de Sebino et un Sangiovese de Romagna DOC. Deux promesses encore fermées, que je goûterai dans les jours à venir. La route est encore belle et longue dans la découverte de ce domaine.


Et c’est sans doute cela, la vraie force de Ricci Curbastro : on n’en fait jamais vraiment le tour. On y entre, et l’on a immédiatement envie d’y revenir.



A Riccardo, il mio grazie più sincero.

Per l’accoglienza, per il tempo condiviso, per le storie raccontate e per questa visione del vino così umana e così vera.

È stato un momento prezioso.


Nicolas



Commentaires


Post: Blog2_Post

Formulaire d'abonnement

Merci pour votre envoi !

©2020 par En 2 milles vins. Créé avec Wix.com

bottom of page