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Le domaine du Château de la Noblesse – Visite et dégustation

  • Photo du rédacteur: niconics
    niconics
  • 23 août 2021
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 août 2021

Description du Bandol - Château la Noblesse – 2014 à 2017


Il y a parfois des rencontres qui ne sont pas prévues et qui vous font pourtant vivre un vrai voyage. C’est véritablement ce que j’ai ressenti en découvrant ce domaine.


Mardi dernier, le 17 aout 2021, en vacances dans le sud, je décide d’aller visiter un domaine ou deux en famille. Ne connaissant que très peu l’appellation d’origine contrôlée de Bandol, je me dis que c’est une belle occasion. Cependant, vous savez probablement ce que c’est, quand on a un sac de nœuds, par où commencer ? sur quelle ficelle tirer ?


Quand je me lance dans la découverte d’une nouvelle appellation, j’agis ou du moins, j’essaye d’agir de la façon méthodique. Dans un premier temps, on découvre gustativement en achetant quelques bouteilles pour le plaisir, en grandes surfaces ou chez un caviste. Pour se faire une première idée de la palette que peut nous proposer cette région. Il faut se le dire, si on n’aime pas un vin, il y aura une raison de plus de creuser pour comprendre ce qui nous gêne. Et si vous l’aimez alors vous aurez simplement envie d’en savoir plus pour prendre du plaisir. En somme, avec le vin, il faut toujours aller plus loin et découvrir. Phase deux de la découverte, applicable quand je suis « sur place », je cherche la maison des vins de la ville, ou de l’appellation. J’aime bien ces endroits parce qu’ils sont souvent mine d’information sur les châteaux, domaines et coopératives. Vous trouvez généralement un grand nombre de référence proposée et les vins sont souvent « au prix domaine ». En règle générale, le personnel est accueillant et offre des conseils précieux pour attaquer les visites. Enfin phase trois du plan d’attaque, on visite, on va à la rencontre, on écoute et on apprend. Le vin est une histoire de terre et d’hommes, alors il n’y a personne de mieux que le producteur pour discuter de son terroir et de son œuvre.


Dans notre périple bandolien, bandolais, … à Bandol, après avoir attaqué la première phase pendant les premiers jours, je me rends rapidement compte que bien que l’on soit en Provence, terre incontestée du rosé, ce qui va m’intéresser c’est le rouge. En cherchant un peu, on se rend vite compte que le rouge de Bandol a bonne réputation, certains les nomment « rois de Provence ». Avec le cépage majoritaire, qu’est le Mourvèdre, on a droit à des vins épicés, structurés, avec quelques notes de fruits noirs bien gourmands.


Je découvre qu’il y a une œnothèque à Bandol et décide de commencer par là. Grosse erreur en période estivale. Impossibilité de se garer, on vire de bord et on part vers Castellet à une quinzaine de minutes de là, à la maison des vins de Bandol. On arrive là-bas… le mauvais jour. Le jour où il n’y a pas de dégustation… non mais on est maudit ou comment ça se passe… Heureusement, on ressort de là avec une information de qualité : j’ai le nom d’un « petit » domaine, un truc familial à découvrir : le Château de la Noblesse. Tout un programme…



On arrive sur le domaine par une toute petite route de campagne, la maison, typique provençale, se dessine entre arbres et vignes. Il n’y a quand même pas beaucoup de région de France, où juste en fermant les yeux, vous laissant aller à vos autres sens, vous savez où vous êtes. La chaleur du soleil de plomb, le son des cigales, une touche saline dans l’air. C’est sûr, on est à la côte d’azur. Le domaine lui se situe très exactement sur La Cadière d’Azur dans le Var. A une dizaine de kilomètres au nord de la ville de Bandol ayant donné son nom aux superbes vins produits par ce domaine. Mais on reviendra là-dessus plus tard.



L’exploitation familiale existe depuis 6 générations et est aujourd’hui aux mains d’Agnès Gaussen-Cade, fille de Henri Gaussen. Elle nous accueille avec tellement de gentillesse et de prévenance. Elle voit que nous sommes accompagnés de mes enfants, 7 et 9 ans. Elle leur propose directement un petit fascicule de jeux. C’est con mais je peux vous assurer qu’en tant que parents, ça vous met directement plus à l’aise. Les enfants seront « occupés » pendant que les parents le seront tout autant. Elle nous prévient qu’au vu de la situation sanitaire, elle se voit dans l’obligation de nous « vendre » un verre sérigraphié au prix de 4€… j’ai trouvé cela tellement « cute » comme dirait les anglais. Quand je pense que dans certaines régions viticoles de France, on nous fait payer la moindre intervention, je suis plus qu’heureux de me faire accueillir comme ça et de mettre ma contribution pour lever les contraintes sanitaires imposées. On a tellement besoin de se retrouver producteurs et consommateurs, de partager à nouveau dans les deux sens. À ce moment, je me dis que je vais vivre un beau moment.


On se dirige vers un petit chemin rocailleux descendant vers le chai mais avant cela, on s’arrête et notre hôte du jour s’en va chercher un peu de raisin pour faire gouter aux enfants. Elle en profite surtout pour nous expliquer rapidement comment à partir du raisin noir de la région, on fait des rosés de Bandol et les rouges. Les enfants sont intrigués de la couleur du raisin sous la peau… tout blanc avec de belles petites nervures telle des petites veines apportant de la couleur à l’intérieur de la baie. Et cela se traduit par un simple : « mmmh, c’est bon » ; des raisins plein la bouche.


On descend alors le petit chemin pour entrer dans le chai rempli d’énormes foudres de chêne. Ceux-ci ont été construits sur place, leur taille imposante ne leur permettant pas de passer la porte. Agnès nous explique, l’utilisation de ces barriques hors normes mais surtout leur nettoyage, leur manutention, comment on en fait l’étanchéité, … Un moment didactique à souhait.



On arrive dans le fond, la lumière est faible mais suffisante. Les enfants s’installent sur des petits tabourets pour faire leur fascicule. Ils vont nous interrompre toutes les 5 minutes mais qu’importe le moment est bon. Les discussions se poursuivent et vont bon train. Agnès nous partage son parcours et comment elle a fini par reprendre le domaine de 10 hectares d’un seul tenant. Des anecdotes familiales qui nous rappellent ce que nous avons tous un jour vécu, le miroir de l’expérience et de la théorie. Avoir la certitude de la mise en œuvre de ce qu’on apprend sur les bancs de l’école et finalement devoir se résoudre à observer que la pratique et l’expérience sont bien plus précieuses que tout. (Bon, on ne jettera pas le bébé avec l’eau du bain, il faut bien évidemment les deux pour être correctement armé mais, profitez de votre passage pour écouter cette femme de caractère vous décrire comment elle travaille aujourd’hui. Du raisonné bien raisonné…)


Elle nous fera le plaisir de nous proposer la dégustation de l’ensemble de sa gamme (voir plus bas) et d’une cuvée confidentielle (dont je parlerai dans une autre chronique, tant je trouve que cette bouteille à une histoire magnifique). Après avoir dégusté le blanc (clairette, ugni blanc et rolle ou vermentino) que je vous conseille vraiment si vous êtes amateur de blanc (assez rare dans la région) car le cépage ugni apporte vraiment une superbe fraicheur et une belle minéralité, nous avons dégusté les rosés. Mais ce que j’attendais particulièrement ce sont les rouges.



On est en Provence, terre de rosés, alors pour ces rouges sous AOC, le cahier de charge est sévère (d’ailleurs il y a des contraintes similaires pour les rosés et les blancs de l’AOC). Les cépages majoritaires sont définis pour les rouges: Mourvèdre, Grenache, Cinsault. Le Mourvèdre quant à lui doit être à plus de 50% dans l’assemblage, les autres cépages ne pouvant pas être à plus 10% dans la composition finale. Ce qui est intéressant c’est que le Mourvèdre ne peut pas dépasser 95%. Donc pas de mono cépage en Bandol. Il faudra que la vigne soit au moins âgée de 8 ans pour pouvoir prétendre à faire un rouge de Bandol et la vendange sera manuelle. Je vous passe volontiers les autres caractéristiques contrôlées sur le raisin. Une fois la vinification effectuée, il ne lui restera qu’à reposer dans une barrique ou un foudre pendant 18 mois minimum. Autant de contraintes qui font la qualité de ces vins de Bandol mais également qui impactent le prix du vin. Pour plus de détail sur cette AOC, ci-après le Cahier de charge complet :



Mais revenons-en à Agnès et ses vins rouges. Elle nous offre une belle verticale 2014-2017. Je ne suis qu’un simple amateur éclairé mais avoir la chance de faire une verticale, vous permet de toucher du doigt ce que la nature apporte réellement. Un tronc commun accompagne les vins rouges d’Agnès. L’élégance du fruit avec une force délicatement posée là. Il n’y a pas de doute, les vins produits par les femmes ont ce petit quelque chose, que je ne m’explique pas, d’agréable qui nous rappelle que la force d’un vin n’est pas que sa puissance brute. Non, la complexité boisée et empyreumatique est telle qu’un vin peut avoir de la force, du caractère, des tanins bien présents et pourtant faire preuve d’élégance. Coté Fruits, l’incontournable myrtilles, mûres complètement entourés par de la réglisse douce, des épices (thym, laurier) et du poivre. Quelques notes de cuir et de bois fût viennent finir ce tronc commun. Mais quand on regarde de plus près les quatre millésimes proposés, on pourrait presque les regrouper deux à deux. Le 2014 et le 2017 d’un côté puis 2015 et ’16 de l’autre. Les seconds portent en eux une minéralité plus marquée (présence d’iode) et de fruits rouges (limite fraise tagada) au-delà du tronc commun. Alors que les deux autres développent des notes de caramel beurre salé et de petites notes de fumé.



J’ai eu un vrai coup de cœur pour le 2014, cette élégance avec un tel corps et cette petite note de sucré-salé. J’ai pris l’habitude dans les chroniques précédentes de décrire le vin avec l’image qu’il m’apportait. Ici c’est plus compliqué car la verticale n’aide pas à se faire une image unique. Mais si je devais décrire ce 2014 je dirais ceci :


« Le soleil est à midi, il apporte une chaleur supportable mais bien présente. La fin du mois de septembre est encore beau. Sur la plage, les locaux profitent de la douceur de la fin de l’été, loin du tumulte et de la valse des touristes du début de l’été. Un groupe de jeunes trentenaires discute et se taquine. L’une des femmes attire mon regard, elle porte un maillot dépareillé bleu nuit en haut, limite noir en bas. Elle s’adresse à un garçon de façon piquante, lui remettant les points sur les i, tout en mâchouillant un carambar original. Le reste du groupe s’en amuse et rit de bon cœur…»


Ce 2014 est une jeune femme sûre d’elle, piquante dans son verbe reposant sous le vent iodé d’une plage à la fin de l’été


Ce qui est intéressant, c’est que même si, j’ai beaucoup aimé le 2014, j’ai préféré acquérir sa petite sœur, plus impétueuse qu’est le 2017. Il n’y a plus qu’à espérer que cette jeune ado finira comme sa grande sœur…


Dernière petite information intéressante, quand vous passerez au magasin du domaine, levez les yeux et regardez les murs, dans la famille d’Agnès, après l’artiste viticole, je demande la sœur, l’artiste peintre… de belles peintures d’art abstrait qui raviront vos pupilles puisque vos papilles, elles, auront été comblées.



La gamme du domaine

BANDOL :

- Blanc

- Rosé

- Rouge (2013 à 2018) et info primeur son bandol sera coup de coeur du guide Hachette 2022


PIGNATEL :

- Rosé

- Rouge (2016, 2018)



Le Grain de Joie – Rosé 2020

22/08/2021

 
 
 

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